Commission nationale Enseignement Supérieur et Recherche du PCF

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Intervention du PCF à la réunion publique organisée par le Snesup à Toulouse le 14.10.2011

Chers camarades, chers amis,   Après Le Mans, voici Toulouse où le Snesup a eu l’excellente idée d’organiser une rencontre-débat sur la thématique de l’ESR.  Je traiterai de façon fugace quelques aspects qui semblent névralgiques au PCF pour dessiner une politique de gauche dans ce domaine en vous renvoyant pour davantage de détails au Programme Populaire Partagé d’une part, à XYZ d’autre part où le PCF expose son programme détaillé. Je traiterai différents aspects en préparant un débat entre vous et nos formations.   Nous voulons tous en finir avec ce quinquennat qui  a touché le cœur de nos métiers, et construire un espoir nouveau. Il convient donc de dire dès à présent quels sont les choix de chacun, sans faux-fuyants. C’est peu dire que ces choix sont soumis, en tout cas pour ce qui concerne le PCF, à la critique et à l’enrichissement. Mais nous ne pensons pas devoir nous en remettre à une discussion collective fût-ce sous la forme d’États Généraux qui suivraient une victoire électorale. Nous avons à dire dès maintenant où nous nous situons. Plutôt que  de chercher ce que l’on doit conserver de la politique précédente, il nous paraît plus conforme à une politique de gauche de chercher quels défis elle doit affronter et quels moyens elle se donne pour y répondre.   L’enseignement supérieur et la recherche en France et en Europe ne font pas face, comme on le lit parfois, aux pays émergents ou à la Chine ; ils font face au capitalisme et à sa crise : c’est tout autre chose.   Le défi de l’appropriation collective de la connaissance en mouvement suppose que chaque étudiant(e) soit mis en mesure d’aller au bout de ses capacités intellectuelles ; cela suppose – les chiffres sont connus – un doublement de l’effort public sur la législature ; et dire cela suppose de rompre immédiatement avec le pacte de stabilité et celui qui le renforce, de l’Euro Plus. Mais cela suppose aussi une révolution pédagogique où les IUFM ont une place centrale. Cela suppose enfin la construction d’une voie technologique et professionnelle phare, non coupée des contenus fondamentaux permettant sortie à tout niveau et retour avec validation des acquis. Il y a nécessité de la construire par une grande Conférence de tous les acteurs sous l’égide du CNESER. C’est là selon nous la source profonde de la lutte contre les inégalités sociales indépendamment des moyens financiers. C’est cela qu’il s’agit de réaliser plutôt que de consacrer son attention sur les Premiers Cycles, étape évidente vers leur déconnexion de l’enseignement supérieur.   Refaire de l’enseignement supérieur un Service Public national suppose d’y assurer la gratuité effective, pas seulement l’engagement vague de ne pas augmenter les droits d’inscription. L’allocation d’autonomie est nécessaire mais elle ne se substitue pas dans notre esprit aux autres formes d’aides sociales diverses. Cela suppose enfin d’extraire l’enseignement supérieur du champ des négociations de l’OMC.   La règle d’or pour nous consiste à établir un financement récurrent public et budgétaire des laboratoires à hauteur de 70 % de leurs besoins.   Service Public national ne signifie pas pour nous le retour à un système étatiste. L’enseignement supérieur peut s’appuyer sur un puissant ensemble de contributions régionales, mais leur mise en cohérence selon nous doit se faire au niveau des formations via un CNESER aux pouvoirs et périmètre élargis s’appuyant sur des instances régionales équivalentes.   Nous voulons que chaque enseignant-chercheur soit garanti de pouvoir participer à l’effort de recherche. Nous pensons que les statuts actuels devront être profondément revus dans le cadre d’une négociation où les organisations syndicales ont un rôle central, pas subalterne ou de « consultation ».   Pour que le cœur de métier soir restauré, il faut du temps, des mobilités volontaires de tout type et des échanges avec le CNRS. Nous faisons  à ce sujet des propositions détaillées.   Assurer l’implémentabilité de ce qui précède, y compris sous la forme d’un « plan pluriannuel d’emplois », suppose de garantir la législature contre les trop fameuses « régulations budgétaires »  et cela ne peut se faire dans le cadre du Pacte de stabilité et autres dogmes issus du TCE. Nous l’affirmons : le cœur de métier n’est pas le management et la présidentialisation.   Si le CNESER est pour nous l’instance maîtresse en matière de formations supérieures, nous considérons de même que le CoCNRS est l’instance maîtresse en matière d’évaluation et de prospective de la recherche fondamentale. L’AERES doit être abandonnée et le principe de l’évaluation par les pairs intégralement  restauré.   Nous pensons qu’il ne peut y avoir de recherche fondamentale frontière qui ne s’appuie pas sur une recherche industrielle et technologique construite, visible et lisible. Plutôt que de tenter un impossible replâtrage des dispositifs fiscaux existants dont fait partie le CIR, il vaut mieux construire un pôle financier et bancaire public desserrant le crédit bancaire pour une utilisation tournée vers la satisfaction des besoins humains, les productions socialement utiles ; cela suppose aussi un changement radical du statut de la BCE qui devrait être un outil bancaire et de crédit au service des choix budgétaires des États-membres au lieu de les gendarmer en permanence. Le pacte de Stabilité doit être dénoncé. Si, comme à gauche certains reconnaissent timidement, on le viole sans arrêt, pourquoi le conserver ?   À l’outil économique nous adjoignons un outil politique. La France manque depuis des années en matière de recherche industrielle et technologique d’un Grand Etablissement Public sur le modèle du CNRS. Nous proposons sa mise à l’étude et sa réalisation au cours de la législature.   Globalement, ce qu’il faut rétablir c’est moins la « confiance » (on ne sait d’ailleurs pas trop en quoi) que les conditions de l’indépendance intellectuelle. Celle-ci admet des déclinaisons diverses suivant qu’il s’agit de recherche fondamentale ou technologique et industrielle mais son principe est intangible.   La complexité du monde suppose à la fois une maîtrise sociale de plus en plus approfondie des dimensions scientifiques, technologiques et artistiques de la culture et l’extraction de la frontière entre exécutants et décideurs. C’est pourquoi nous proposons l’institution de forums citoyens de la science, de la technologie et de la culture dotés de pouvoirs réels et d’inscrire dans la constitution le droit de tout citoyen à intervenir dans le processus de développement de la recherche. Nous garantirons la création de forums citoyens des sciences et de la technologie à tous les niveaux territoriaux, dotés de pouvoir d'enquête, dès lors que les populations concernées en manifesteront la demande.   Il n’y a pas d’enseignement supérieur sans un large spectre de coopérations internationales. Faute de temps, nous affirmons seulement qu’avec les révolutions du Proche Orient, le processus de reconnaissance de l’État de Palestine, la France se doit de jouer un rôle moteur dans la constitution de plate-formes scientifiques dans tous les pays du pourtour méditerranéen où le besoin en existe dans le cadre des programmes de l’UNESCO qu’il faut de toute urgence réanimer.   Venons –en maintenant à un aspect nodal de ce débat : ce que le PCF appelle le séquençage  d’une politique de gauche.   Indispensable à nos yeux est le bilan des dégâts et leur réparation dès le premier semestre de la législature qui doit donner lieu à une grande effervescence intellectuelle où tous les personnels doivent pouvoir participer. Sauter cette étape c’est, nous le disons sans ambages, préparer la continuité avec une politique condamnée.   Il faut construire une nouvelle loi d’orientation de l’enseignement supérieur et de la recherche. Cette construction ne peut éluder la nécessité de rompre avec les principes en vigueur dans le quinquennat qui s’achève. Les IDEX renforcent par des voies coercitives et opaques tout ce que la LRU a créé comme soubassement. Remplacer partout la concurrence par la coopération, voilà l’enjeu. Remplacer partout la présidentialisation par le droit de chaque acteur à intervenir sur les décisions collectives, voilà l’enjeu. Remplacer partout la logique managériale par celle de la conquête et l’appropriation de savoirs nouveaux, voilà l’enjeu. Des IDEX, de la LRU ne doit, ne peut rien subsister. Dire cela ne consiste pas pour nous à lire l’œil sur la vitre les luttes puissantes de 2009, ni à satisfaire un péché mignon idéologique. Tout simplement, ces aspects institutionnels et non institutionnels barrent la route à l’imaginaire politique qu’il faut absolument solliciter pour changer durablement. On a vu d’ailleurs à gauche que cette idée commençait à s’imposer. Nous pouvons, nous devons faire d’autres progrès. C’est une  condition de l’espoir.

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