Commission nationale Enseignement Supérieur et Recherche du PCF

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Idex 2 : Un pas de plus dans la déstructuration du tissu universitaire et de recherche

Un communiqué du Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche daté du 7.11.2011 indique les cinq « nouveaux élus », dossiers Idex de la deuxième vague pré-sélectionnés qui, s’ajoutant aux quatre de la première vague, peuvent concourir pour la sélection finale qui aura lieu en février 2012. Comme pour la première vague, peu d’élus et beaucoup de déçus. Comme pour la première vague, des régions et des disciplines laissées de côté. Deux des cinq projets sont libellés en anglais (« university » remplaçant « université »), peut-être pour avoir plus de chances d’être remarqués par le jury de la sélection définitive. Un autre, Paris-Saclay, est porté par la Fondation de Coopération Scientifique (FCS) du même nom, fondation privée ayant pour objectif le contrôle non seulement des opérations immobilières, mais aussi des moyens (humains et financiers) accordés à la recherche ; fondation dont le fonctionnement opaque, la nature douteuse et les objectifs ouvertement concurrentiels ont été dénoncés à plusieurs reprises par les personnels des universités, écoles et organismes de recherche concernés. Les constats faits lors du lancement de la première vague se confirment : même ceux qui, comme la Présidente de l’université Paris 10, ne rejettent pas les Idex et sont simplement déçus que leur dossier ne soit pas maintenu, sont obligés d’avouer que les choix favorisent les grandes concentrations, procèdent à une sélection basée sur certaines disciplines au détriment de bien d’autres, notamment des SHS, génèrent des déséquilibres et suscitent la concurrence accrue entre établissements (cf. dépêche AEF n°157848 du 10.11.2011). Et l’on constate encore une fois combien ces pôles géants seront destructeurs d’emplois et fossoyeurs de métiers : mutualisations et externalisations font partie de la logique visant à « mettre à profit les compétences clés des sites », cf. dépêche AEF 159275 du 9.12.2011 concernant l’Idex de Lyon). Leur seul but est l’assemblage des « excellents » pour attirer une « clientèle » de haut niveau, c’est-à-dire avec le portefeuille bien garni, ce qui n’est pas le meilleur critère de qualité scientifique. Nous nous sommes dès le début opposés aux Idex et en général à l’ensemble des « investissements d’avenir » du Grand Emprunt (cf. XYZ n°3 septembre 2010, n°4 mars 2011 et Spécial Huma septembre 2011). Cette logique purement financière, obligeant les universités à placer des capitaux pour récupérer les intérêts et transformant ainsi les scientifiques en « investisseurs » est bien plus proche des education hubs, nouveaux gadgets promus par des émirs capitalistes (cf. Le Monde 10.11.2011), que d’établissements où se produit, s’enseigne et se développe la connaissance, bien anti-capitaliste par essence. Nous avons à plusieurs reprises souligné que la qualité mondialement reconnue de la recherche française était justement due à son caractère public porté par des organismes dont la mission était d’élaborer une politique scientifique autonome, comme le CNRS, ce que la nouvelle course à « l’excellence » achèvera de détruire si un changement radical de politique ne voit le jour. Nous avons dès le début souligné le lien entre les Idex et la désastreuse réforme territoriale que la droite veut imposer afin d’aller encore plus loin dans la casse des services publics et l’éloignement des citoyens des lieux où seront prises les décisions qui les concernent. Nous avons également attiré l’attention sur une tendance actuelle des présidents des Régions, pourtant dirigées par la gauche, à s’adonner à une course au pouvoir et à l’argent visant à éliminer les autres pour avoir « son » Idex, signe supposé de rayonnement, mais surtout de ressources matérielles tant attendues, à l’heure où le gouvernement de droite asphyxie les finances des collectivités territoriales tout en leur transférant des compétences de plus en plus nombreuses. Nous n’avons pas la même conception que la droite ou la social-démocratie en ce qui concerne les implications territoriales de l’enseignement supérieur et de la recherche. Cependant, nous reconnaissons que ces implications existent et qu’elles sont importantes tant pour les collectivités que pour le développement des projets scientifiques. Mais elles ont pour nous une signification uniquement si elles sont présidées par une logique de coopération : coopération entre élus régionaux et scientifiques et coopération entre les territoires, sans jamais perdre de vue la cohérence nationale garantie par le service public. Une instance démocratique et représentative, qui pourrait être le CRESER, déclinaison régionale du CNESER, serait la mieux à même pour débattre et décider des enjeux territoriaux liés à la recherche et à l’université. Sans être nostalgiques d’un paysage universitaire et de recherche figé et statique, nous nous opposons à toute restructuration du tissu scientifique décidée par des instances où la communauté scientifique n’est pas démocratiquement représentée, où elle n’est pas écoutée et entendue, où l’on ne favorise pas l’interaction entre élus et scientifiques, mais où l’on tient compte des injonctions du patronat, des grandes entreprises, voire des lobbies divers et variés. À l’heure où cette nouvelle salve, associée à la pénurie des moyens des universités et à la quasi faillite de 8 d’entre elles, pourrait donner le coup de grâce au service public de l’université et de la recherche, l’affirmation de notre opposition ne suffit pas. La communauté scientifique semble, à de degrés divers, commencer à entrevoir la supercherie du Grand Emprunt. Cependant, sa faible mobilisation, due sans doute à une lassitude face au rouleau compresseur des « réformes » qui s’enchaînent, des moyens récurrents qui baissent et de la précarisation qui augmente, montre combien il est nécessaire que tous ceux, à gauche, qui se disent attentifs à ses préoccupations donnent aujourd’hui un signe clair : énoncer sans demi-mesures ou tergiversations leurs intentions si demain ils accèdent au gouvernement. La suppression des Idex est pour nous l’impératif d’une politique de gauche qui aspire vraiment à redonner à la science son indépendance par rapport à tout « pilotage » direct extérieur et à l’affranchir de la logique capitaliste de la « concurrence libre et non faussée ». Tout en se penchant sérieusement sur le lien organique avec les territoires, dans un objectif régional et non régionaliste : des liens parfois (multi)séculaires existent localement et ils n’ont pas attendu d’être « encouragés par l’innovation » pour contribuer à un développement concerté des disciplines scientifiques et des territoires où elles étaient implantées. De nouveaux besoins existent sûrement, mais ce n’est pas en assujettissant les universités et les organismes aux injonctions du Medef régional qu’ils pourront éclore et s’enraciner pour le bien des tous, surtout de ceux qui habitent et travaillent dans un territoire donné. Les Idex ne sont pas pour nous un facteur de développement régional, ni même de « rayonnement » européen ou mondial, comme le prétend la droite sans être fermement démentie par la social-démocratie, soucieuse elle aussi du « rang » de la France dans la compétition internationale. Dans un article dans Libération du 1.12.2011, B. Monthubert, responsable PS pour l’enseignement supérieur et la recherche, critique le retard dans « le déblocage des fonds », qui est réel mais ne constitue pas la racine du problème, sans expliciter sa position face au Grand Emprunt en cas de future victoire électorale. Se soucier de ce qui se passe en Europe fait aussi partie des enseignements que la gauche devrait tirer afin de ne pas tomber dans le piège des « exemples » à imiter, tant en matière scientifique qu’économique. Car la conception « d’excellence » découle de celle de « l’économie de la connaissance » (ou plutôt connaissance « à l’économie » ; c’était en 2000 à Lisbonne) qui n’a pas réussi à élever le niveau, mais a bien réussi à imposer partout le financement de la recherche sur projet répondant à des appels d’offres, issus plus ou moins des plans du patronat. Ce dernier n’a pas comme préoccupation le développement économique, mais veille à l’accroissement des profits capitalistes tirés de la matière grise. Dans un tel contexte, nous pensons que la réflexion sur les implications européennes des projets scientifiques, donc sur un développement du service public à l’échelle de l’Europe, fait également partie d’une politique de gauche digne de ce nom. Cela contribuera à combattre l’idée, néfaste selon nous, d’une « Europe des régions » qui s’émancipent de plus en plus de toute cohésion nationale, s’autonomisent et se livrent à une véritable guerre pour attirer les « excellents », en faisant de fait disparaître ou en marginalisant tous les autres. Nous pouvons mesurer les effets néfastes de cette conception si l’on observe ce qui se passe dans des pays où les régions ont un pouvoir accru (comme l’Allemagne, qui est loin de constituer le modèle qu’on fait croire) : elles s’érigent en régulateur du paysage scientifique grâce aux projets « excellents » qu’elles choisissent de financer, la politique de recherche perd en cohérence, celle de « l’innovation » monte en puissance. Qui sort gagnant de ce processus ? En conclusion, puisque le caractère néfaste des Idex (comme de tous les projets du Grand Emprunt) ne fait plus aucun doute, la gauche doit avoir comme seule ligne politique leur suppression et le retour des crédits alloués aux universités et laboratoires. Elle doit aussi résister à la tentation de la résignation face au train effréné où la droite impose ces mesures pour piéger ainsi le futur gouvernement qui se verrait impuissant face à l’ampleur du désastre. Geler immédiatement les projets « d’excellence » du Grand emprunt, réduire la durée de ceux déjà engagés, faire rentrer à nouveau l’argent dans les caisses des universités et des organismes exsangues, s’engager dans une véritable réflexion de fond sur les enjeux régionaux, nationaux, européens et internationaux d’une politique universitaire et de recherche au bénéfice de toute la société et en phase avec les défis d’un avenir affranchi du joug capitaliste : voilà une feuille de route que le PCF, que le Front de Gauche, mettent en débat pour la prochaine législature.

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